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"France-Amérique," 17-23 septembre 1994
PUBLI-REDACTIONNEL American Ways : il n’est jamais trop tard pour apprendre
L'enseignement pour les adultes est un volet de l’éducation qu’il n’est pas traditionnel d’aborder dans un dossier sur la rentrée scolaire. Responsable de "American Ways", un organisme de cours pour adultes, Roberta Rettner nous explique que la faculté d’apprendre n’est pas une exclusivité de la jeunesse.
On dit que les adultes n’apprennent pas aussi facilement que les enfants. Qu’il est des disciplines dont l’entreprise après un certain âge – 12, 20, 9 ans – relève de la folie. Les langues étrangères et les mathématiques supérieures sont des exemples souvent cités.
D'où vient cette notion ? La plupart des tests et examens conçus pour des niveaux d’études allant de la Maternelle à la Terminale ou à l’admission dans les universités ou les facultés (Droit, Médecine, etc), un nombre limité d’entre eux étant du niveau de l’admission dans les établissements d’enseignement profes-
sionnel ou militaires. Un test valable doit répondre à certaines normes : sa conception doit prendre en compte les aptitudes d’un large secteur de la population, qui soit à la fois diversifié et représentatif, en faisant appel à un procédé d’échantillonnage sophistiqué, et offrir plusieurs versions du test. Or peut-on imaginer un meilleur échantillon qu’une classe stable de jeunes élèves ?
Le problème, c’est que quand des adultes passent un examen conçu pour des enfants, leur performance est inférieure. Il faut l’admettre : les enfants sont différents des adultes (pas forcément meilleurs) dans la façon dont ils apprennent. J’ai travaillé à la mise sur pied d’examens pour adultes au sein d’une grande maison d’édition, et nous analysions avec soin les éléments susceptibles de susciter l’intérêt des adultes, mais aussi l’importance qu’ils pouvaient représenter pour eux, et même le style dont ils témoignaient. Ce n’est pas une surprise : les adultes s’intéressent plus que les enfants aux questions ayant trait au sexe, à la finance, au sport, à la santé ou à la religion. Par contre, les enfants apprennent plus vite parce que chez eux l’étude est une pratique courante (les adultes qui ne cessent pas d’étudier démontrent aussi de plus grandes facilités d’assimi-lation).
On note aussi que chez les enfants, les méthodes d’assimilation sont différentes. Des études cognitives ont montré que la rapidité est fonction de l’âge : on court plus vite, et on apprend plus vite, quand on est jeune. Quelle importance attacher à la vitesse ? Les enfants ont une bonne mémoire et sont de bons imitateurs. Mais ce qu’ils assimilent facilement, ils peuvent aussi l’oublier facilement. Demandez aux parents qui ont fait un séjour de plusieurs années à l’étranger si, de retour au pays natal, leur progéniture a conservé l’aisance dans la langue du pays d’accueil. La réponse est négative, sauf dans le cas où la pratique de la langue acquise à l’étranger a été soigneusement entretenue.
Les adultes, pour leur part, ne sont pas sans atouts en matière d’acquisition de disciplines nouvelles. Ils utilisent leur jugement pour comprendre le fonctionnement d’une langue étrangère. Ils peuvent se constituer une structure de connaissances plus solide parce qu’ils ont une plus grande aptitude à replacer une langue dans son contexte socio-culturel. Ils ont voyagé, ils ont rencontré des gens de pays et de culture différents, ils ont lu davantage de livres leur présentant des styles de vie et des façons de voir la vie qui ne sont pas les leurs. Ils ont souvent, dans leur langue de base, un vocabulaire plus riche qui élargit la base des équivalents à découvrir et à acquérir dans l’étude d’une langue étrangère. En résumé, ils disposent d’une base d’expérience qui leur permet de faire des comparaisons et de développer leur faculté de compréhension.
Les études cognitives ont aussi montré que les gens apprennent de différentes façons. Les personnes qui enseignent à des enfants en sont parfaitement conscientes. L’adulte qui étudie, cependant, peut s’appuyer sur le style et les points forts qu’il s’est découverts dans sa façon d’apprendre pour mieux maîtriser de nouvelles acquisitions de connaissances. Les stratégies personnalisées, dans ce processus d’acquisition, conduisent l’étudiant(e) expérimenté(e) à rechercher, voire à exiger, le type d’instruction qui marche le mieux pour lui ou pour elle. L'enseignant(e) (pour enfants comme pour adultes) doté(e) d’un bon sens de l’observation détectera ces points forts et les exploitera, plutôt que d’embarrasser ou de frustrer l’étudiant(e) par l’imposition d’une méthodologie inadaptée.
L'étudiant adulte recherchera le plus souvent des preuves, une application pratique, ou un support visuel pour renforcer ses capacités d’assimilation. L’enseignant doit pouvoir fournir un exemple solide, facile à retenir, et pertinent, d’une situation concrète et réelle. Comme support visuel, je ne pourrais faire mieux que citer mon moniteur de tennis qui m’a conseillée, pour améliorer mon service, d’imaginer que la balle est une lune qu’il faut repérer très haut dans le ciel avant qu’elle ne retombe à portée de notre vaisseau spatial en forme de raquette.
Par-dessus tout, l’étudiant(e) adulte recherche des applications pratiques et immédiates - de ce qu’il ou elle apprend. A "American Ways", nous introduisons certaines phrases ou expressions de la langue des affaires, nous en donnons la définition, apprenons aux étudiants à les prononcer correctement, leur fournissons différents contextes dans lesquels les employer, les mettons en situation, et, ce qui est le plus important, nous leur expliquons quelles circonstances conviennent le mieux à leur usage. Par exemple, au cours de négociations, dans des situations formelles et informelles, lors d’une prise de contact, ou avec d’autres avocats, banquiers ou comptables.
Les adultes peuvent non seulement apprendre, ils font d’excellents étudiants !
        Roberta RETTNER